CRITIQUE - MALCOM&MARY AU BORD DU GOUFFRE DE L’AMOUR
- 15 juin 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 juin 2023
MALCOM AND MARY, est le film inattendu de Sam Levinson tourné lors du premier confinement. Alors que Hollywood fermait ses portes, il ouvrait sa caméra pour produire un chef d’œuvre sur les dérives conjugales.

Il s’agit du 3e film du réalisateur Sam Levinson. Après Another Happy Day et Assassination Nation voici un long-métrage qui dresse le portrait d’un couple au cœur du conflit. Un duel conjugal égocentrique d’une part, et excentrique de l’autre. Une intrigue plongée dans une nuit torride et rigide. Il s’inscrit dans la lignée des films consciencieux du réalisateur.
À leur retour de l’avant- première du film de Malcom, les partenaires célèbrent ce moment de gloire. L’apparat de ce moment va vite s’effriter lorsque Mary ne partagera plus l’assentiment de son compagnon. Une remise en question de leur relation s’ensuit sur une nuit qui s’apparente à une descente dans les abîmes de leurs manquements en tant que conjoint. Une entrée en scène qui se veut frénétique.

Le ton glacé du scénario se marie au couleur du film. Noir et blanc, soit une nuance électrique pour donner un sens aux tourments qui animent la soirée des personnages. Dès le début du film, le paysage se découvre vide, uniquement remplis des contrastes lumineux. Le noir rappelle l’obscurité du différent qui monte en grade entre les conjoints. Le blanc rappelle qu’une once d’amour flotte dans l’air, lorsqu’il tente de se rapprocher pour étouffer les échos de leurs crises. Le juste équilibre nous emmène à vivre chaque scène avec passion et déclin.
Un côté vintage et à la fois contemporain se fait voir. La maison moderne nous plonge dans un décor familier. Des espaces vastes et larges qui se déplacent avec les émotions. Dans la cuisine, la découverte d’une carence, la salle à manger se peint de multiples étreintes après une tension, la salle de bain transporte une scène de crime, le jardin une rencontre amoureuse. Le temps ne se fige pas, et le mouvement de la demeure suit un sens dans les montagnes russes du conflit. Lorsque Malcom met en avant sa muse, il choisit la chambre. Lorsque Mary le descend, c’est sur le plancher du salon. À chacun son expression.
Sam Levinson ne s’arrête pas à un décor et une ambiance teintée. Les plans de coupes du long- métrage illustrent la confrontation. Un effet miroir qui laisse transparaître l’opacité fascinante du couple. Des non-dits se chamboulent dans l’intrinsèque de nos tourtereaux. L’observation trouve sa place, loin d’être un mirage, elle expose les failles des acteurs, et nous emmène à prendre la température, et confronter les sujets.

Sam Levinson met au service de Malcom et Mary un registre de langue très familier. De l’amour à la haine, ils s’insultent et s’épousent dans l’art. Des insultes fortes qui emportent des douleurs, des paroles qui font vaciller. Nous sommes tenus en haleine entre les pleurs, les regards sensuels et les animosités présentes. L’atmosphère de violence est maintenue en pic tout au long des scènes choisies. À la fois tranchante et élégante, elle dicte les différentes disputes et rapprochements. Les personnages ne parlent pas, mais crie ou chuchote leurs maux. La poursuite, blesser ou rassurer, l’adaptation est succulente. Le ton mielleux et malicieux nous fait basculer dans un élan de sensualité, puis, le ton tranchant nous ramène à la réalité initiale et ce, du début jusqu’à la fin.
Lorsque ce n’est pas les mots qui divisent, c’est la sélection musicale qui réconcilie. La playlist repose sur des classiques jazz, RnB ou encore de soul. L’amour valse entre les lyrics avant de plonger Malcom ou Mary dans l’expression charnelle de leurs sentiments. La chaleur des mélodies enlace le couple. Lorsque l’on tend l’oreille, on s’aperçoit que l’artiste relate les fréquences du cœur de chacun. Le choix musical habille, fait rêver, et conduit à une appréciation bien plus profonde des séquences. Lorsque Malcom et Mary s’effritent, et que ce dernier met sur son téléphone, un son rétro qui rappelle sans doute ses premiers jours avec sa dulcinée, c’est ici l’expression d’un silence bavard. Une envie soudaine de se plonger dans l’écran et échanger un solo.
Le jeu d’acteur, est incontestable. Mary jouée par l’actrice Zendaya expose délibérément son talent avec une maîtrise sans précédent. Lorsqu’elle surprend son conjoint avec un ustensile de cuisine, elle suffit à l’effrayer. Ses névroses se lisent sur les lignes de son visage. Malcom interprété par John David Washington, poursuit les célèbres pas de son père. Un regard charismatique et une expression faciale qui se lit sur ses lèvres, aiguisent le portrait du personnage.

L’acting est saisissant, assez pour nous transporter au cœur des ressentis. Le besoin d’exprimer et faire valoir son existence s’interprète facilement. Une justice qui se veut légitime, lorsque corps à corps ils s’enlisent et se déchirent. Sam Levison aura réussi à faire vibrer la toile tant par les éclats d’amour et de haine qui fusent entre Malcom and Mary. Un long-métrage sensationnel qui expose et couvre des failles avec douceur et aigreur. Un juste équilibre qui suit sur son cours, sur cette longue balade frénétique, rythmée de mélodies chaleureuses. Une fenêtre ouverte sur un fait de société, qui apporte des réponses et conscientise.


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