PORTRAIT - YOUSSOUPHA : LE POÈTE DU RAP FRANÇAIS
- 15 juin 2021
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 11 juin 2023
Le règne du Lyriciste Bantu ne cesse de s’étendre à travers les âges. À l’occasion de la sortie de son nouvel album « Neptune Terminus », Youssoupha amorce un retour triomphant dans le rap game.

Il y a quinze ans, une légende du rap français est née. Dotée d’une plume épurée, poétique, il plane au-dessus de ses prédécesseurs. Parolier engagé, Youssoupha, triomphe de ses mots et ses maux. Nul ne peut atteindre le rappeur philanthrope, toujours en train de muter. Un talent aux racines noires, venu de Kinshasa, reconnu au-delà des frontières de l’Hexagone. Sa plume ne cesse de rédiger une carrière qui ne cesse d’atteindre un paroxysme insatisfaisant.
DANS L’ŒIL D’UN VISIONNAIRE
Tel un habile écrivain, il manie la langue de Molière, ou de Renaud dont il s’inspire dans ses textes. Surnommé Bakary Potter, il obtient son oral de français avec la meilleure note de l’académie de Versailles. Les paroles de ses chansons sont le miroir d’un cœur vibrant pour la rhétorique. Il se meut dans le temps avec les avancées de celle-ci.
" À chaque album, j’efface et je recommence. "
dit-il dans le morceau KASH. Il innove et arrive là où on ne l’attend pas. Son goût pour le renouveau se ressent dans chaque morceau. L’humilité représente le tremplin de cet artiste conscient. Avec une posture de feuille blanche, le parolier désapprend et exprime une nouvelle naissance à chaque chanson. Ses acquis sont inexistants et évoluent en permanence. « Certains ont rêvé de percer, mais moi, j’ai persévéré. », cantonne-t-il dans AMBITION.
Youss’, se maintient sur une plateforme évolutive. Il a une vue claire de sa destination finale : Neptune. Aux antipodes de la Terre, Monsieur Mabiki se projette. Tel un astronaute, il gravite autour du rap game. Ses frontières musicales prennent tant d’ampleur. Une expansion qui s’apparente au plaisir. Après une carrière riche et variée, le rappeur se permet d’explorer d’autres territoires. Ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin qui vous y emmène. « La durée, c’est quelque chose d’important pour moi. Je suis là pour durer, car c’est déjà mon 6e album. »
Le sommet désigne une destination, mais pas une finalité. La densité de l’univers, dresse un champ d’action vaste et propice à la hauteur que recherche le Prim’s. Désormais, sa cour de récréation, l’espace, renferme les secrets, d’un futur succès. « Je crois que je vais être meilleure qu’avant. Paris n’était qu’une escale. » confie-t-il. Youssoupha prend de l’altitude, en maintenant sa maîtrise de l’auto-tune. Les constellations accueilleront l’éclat de sa renommée, c’est une certitude.
ADDICT À LA RÉSILIENCE
Le parolier possède une obsession particulière : la résilience, soit le résultat d’un parcours semé d’embûches. Se créer une place dans le rap français, demeure difficile. Les premiers kicks, rythmes, retombent aussi vite que l’adrénaline. « La vie m’a mis sous l’eau, j’ai appris à nager. » lance-t-il dans NEPTUNE TERMINUS. Le sacrifice finit par payer lorsqu’en 2005, il sort « Éternel recommencement », début de sa montée en puissance. Fils du célèbre musicien zaïrois Tabu Ley Rochereau, il travaillait dur pour se détacher de l’ombre de son père. Challenge réussis, petit poisson vulnérable, devenu indomptable, auprès des plus redoutables. Il ouvre les scènes de plusieurs rappeurs américains renommés, tels que 50 Cent, DMX... « Vos solutions ne m’ont pas aidé, j’ai appris de mes faiblesses. », « Il n’y a pas d’excuse à être un glandeur, fais de petites choses avec grandeur. » - prononce-t-il dans MON ROI. La retraite à laquelle il se réfère dans l’album POLAROID EXPÉRIENCE, est une illusion. Une étape qui, pour l’heure, ne correspond pas à son actualité. « Je traverse la période la plus productive de ma vie. », un second souffle qui se réitère dans une nouvelle ère.
Face aux artistes de la nouvelle génération, il se réinvente. Quand une personne est forte, il se surpasse. « J’aime qu’on me casse la gueule, pour casser la gueule en retour. » Son credo, fort saisissant. Bakary Potter renonce à la perfection, mais aucunement à l’évolution. Humble, il prend des notes et n’hésite pas à s’entourer et à se lancer dans des featurings. Histoire de donner du volume à ses vers tranchants, et ses proses démentes. Ceux qu’il identifie comme talentueux, ne sont jamais très loin. À l’époque des albums À CHAQUE FRÈRE et NOIR DÉSIR, on le retrouve aux côtés de Kery James, Diam’s. Son dernier exploit, recense Dinos, Lefa et d’autres jeunes prometteurs. Un parfait équilibre entre l’hommage à ceux qui l’ont éduqué dans la discipline, et ceux qui l’améliore. Notamment, au sein de son label Bomayé Musik.
UNE IDENTITÉ ACCOMPLIE
L’humanité qui définit le poète, est exclusive. Loin de la popularité commerciale de ses confrères du rap game, l’harmonie qui réside en son for intérieur apaise les mœurs. Le parolier, porte l’étiquette de l’enfant du pays. Un pur produit, tout droit venu de Kinshasa pendant l’été 1979. Du haut de ses 41 ans, l’homme au métissage sénégalais et congolais revendique avec vigueur ses racines africaines.
" Traite-moi de singe, ça me va bien, je suis le plus grand des gorilles "
exprime-t-il dans NEPTUNE TERMINUS. Le roi de la jungle produit de plus en plus de classique afro-centré. Depuis 5 ans, il vit à Abidjan, un retour aux sources essentiel. Son combat dans les mouvements raciaux appuie ce choix. Acteur des différents débats politiques, il se sent en phase, loin de Paris. « Que la France prie pour moi, plus je la quitte et plus je l’aime. » déclare-t-il dans GOSPEL. Un amour à distance, aussi réciproque que celui qu’il porte à ses proches.
Le rappeur, sous sa casquette d’artiste accompli, porte la cape d’époux et de père de deux enfants : Malik et Imani. Dans son entourage, il puise la force nécessaire. Il ne néglige pas ceux qu’il aime, conscient qu’ils forment son empire. Auprès d’eux, sa grandeur n’a aucune pudeur.
Puissant et rare, Youssoupha nous rappelle son statut de King. Une position amplement méritée, dont le trône atteint les extrémités de l’humanité.


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